S.-Th. Bonino #11 : Pourquoi saint Thomas est-il appelé le « docteur angélique » ?

S.-Th. Bonino #11 : Pourquoi saint Thomas est-il appelé le « docteur angélique » ?


Pourquoi saint Thomas est-il appelé le “docteur angélique”? Les grands théologiens du Moyen-Âge ont reçu de la tradition des titres. Saint Bonaventure a été appelé le “docteur séraphique”, puisque le séraphin est un ange embrasé d’amour, comme l’était saint Bonaventure. Duns Scot a été appelé “docteur subtil”, inutile de préciser pourquoi. Saint Thomas a reçu, plutôt à partir du 16ème siècle, le titre de “docteur angélique”. Alors, il y a plusieurs interprétations possibles. Tout d’abord, il peut s’agir d’une comparaison entre la personne de saint Thomas et l’ange. Saint Thomas était réputé pour sa très grande pureté. Son confesseur disait que sa dernière confession était la confession d’un petit enfant. Donc, c’est un aspect de la pureté angélique. Mais il y a aussi le fait que l’ange est une pure intelligence, un être de lumière, comme saint Thomas par la grâce de Dieu l’a été. Mais si saint Thomas était appelé docteur angélique, c’est aussi parce qu’il a écrit de manière tout à fait admirable sur les anges. Dans la Somme de théologie, saint Thomas, après avoir présenté le mystère de Dieu, qui est la clé de tout, parle de la création et des divers types de créatures qui ont été appelées à l’existence par Dieu, et il en distingue trois types, trois grands types: d’une part les créatures matérielles, le cosmos. Et saint Thomas fait un commentaire de l’Hexaëméron, c’est-à-dire du récit des six jours de la création dans une perspective théologique. Ensuite, il va traiter des anges, ou plutôt il en traite d’abord à la vérité, qui sont des pures créatures spirituelles. Et ensuite, au croisement, si je puis dire, à l’horizon du monde spirituel et du monde matériel, l’homme. On perçoit d’emblée l’importance de l’angélologie pour l’anthropologie. Saint Thomas pense l’homme à la lumière de l’ange. De nos jours, on pense plutôt l’homme à la lumière du chimpanzé. À l’époque de saint Thomas, la comparaison se faisait plutôt avec nos cousins du ciel, qu’avec nos cousins de la terre, même si les uns et les autres sont importants. Donc, saint Thomas a traité des anges. Il ne pouvait pas ne pas le faire, l’existence des anges étant, dans la période prémoderne, une évidence, une évidence culturelle, hein, on vivait dans le monde invisible. Son travail, c’était plutôt d’introduire un peu de rationalité, et d’évangéliser aussi cette croyance spontanée aux anges et aux démons. Donc ça, c’est le travail du théologien de donner l’intelligence de la foi dans les anges. Alors, que les anges existent était donc une sorte d’évidence culturelle. Saint Thomas n’a pas démontré l’existence des anges, même si il propose une preuve, disons, de l’existence des anges, mais une preuve a priori, c’est-à-dire, il explique que la création ne serait pas complète et n’aurait pas de sens, s’il n’y avait pas des créatures spirituelles, puisque la création doit faire retour à Dieu, et seule une créature spirituelle peut, de manière quasi sacerdotale, assumer la création pour la restituer à Dieu, pour la faire monter vers Dieu. Donc, il faut des créatures spirituelles. Alors, on dira, eh bien, il y a l’homme, qui est la voix de la création muette, par qui l’univers fait son retour à Dieu. C’est très vrai, mais l’homme n’est pas purement spirituel. Et saint Thomas estime qu’il était nécessaire à la perfection et à la beauté de l’univers, qu’il y eut des créatures purement spirituelles. Donc, une preuve a priori, c’est-à-dire en partant du projet de Dieu sur la création. Est-ce qu’il y a des preuves a posteriori? C’est-à-dire, par exemple, pour démontrer l’existence de Dieu, saint Thomas montre qu’il y a dans notre monde des effets de type métaphysique, qui ne s’expliquent que par une cause transcendante, une cause qui n’est pas de ce monde. Pour les anges, c’est beaucoup plus difficile. Est-ce qu’il y a, dans ce monde, des faits, des effets qui ne s’expliquent que par l’existence des anges? Alors, il y a le cas des démons. Saint Thomas s’appuie beaucoup sur le fait que certains actes, en particulier il pense au phénomène de possession, etc., ne s’expliquent que par l’action de créatures spirituelles. Pour les bons anges, c’est plus difficile. Pourquoi? Je prends une comparaison. À supposer que je sois l’auteur d’un texte, que je vous remets, un texte tout à fait bien composé, intelligent, et cetera, vous pouvez en déduire à partir du texte, qu’il y a un auteur intelligent qui a écrit le texte. Mais, est-ce que je l’ai écrit moi-même ou est-ce que j’ai demandé à ma secrétaire de l’écrire sous ma dictée? Ça, je ne peux pas le déduire à partir du livre. De même, Dieu se sert des anges pour un certain nombre d’actions, mais des actions qu’il pourrait accomplir lui-même. Par conséquent, à partir des effets, je ne peux pas déduire strictement l’existence de ces créatures intermédiaires. Mais, quoi qu’il en soit, le grand travail de saint Thomas a été de christianiser cette croyance spontanée aux êtres intermédiaires, disons, qui est commune à toutes les cultures, et à la rationaliser.

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