EN DIRECT – L’astronaute de l’ASC David Saint-Jacques répond aux questions des médias.

EN DIRECT – L’astronaute de l’ASC David Saint-Jacques répond aux questions des médias.


Bonjour. Bienvenue parmi les Terriens. Bienvenue
tout le monde au Centre spatial Johnson. Donc, nous sommes très heureux de voir que
vous allez bien et que vous soyez parmi nous aujourd’hui. Souhaitez-vous dire quelque chose avant
qu’on commence? Eh bien, je suis heureux d’être de retour sur
Terre, bien sûr, c’est agréable d’être de retour avec ma famille, mon équipe, mes
amis, mes collègues, et de prendre une petite pause de tout ça, vous
savez, ce long processus d’examens médicaux et de
réadaptation. Bienvenue à tous au Centre spatial Johnson,
notre base, le lieu de naissance des vols spatiaux habités. Et tout simplement,
bienvenue ici. C’est une aventure extraordinaire qui tire à sa fin
mais qui n’est pas encore tout à fait terminée. Nous avons encore pas mal de choses de
prévues à faire, mais je suis heureux d’avoir l’occasion de
partager cette aventure avec tout le monde. Parfait. Donc, on va commencer avec la première
question. Bonjour Saint-Jacques. Olivier Bachand de RDI. Alors, on vous a vu revenir sur terre évidemment
à bord de la capsule Soyuz. Ça eu l’air très, très éprouvant physiquement. J’aimerais que vous nous parliez de ce moment-là
et des exercices que vous avez faits par la suite. Et j’aimerais que vous nous disiez aussi si la
gravité est redevenue votre amie ou est en train de le redevenir? Effectivement oui, j’étais, j’étais magané. C’était pas facile. Alors je vais vous décrire ça un
peu. Donc, pendant six mois, j’étais à bord de la
station, donc ma pesanteur, tout est, pas sensation de mouvement, hein, là-
bas. On se déplace nous-mêmes, le travail interne finit
par se débrancher, si on veut, et lorsqu’on embarque dans le Soyuz pour se
séparer de la station, c’est le premier mouvement qu’on ressent depuis
plusieurs mois. Pouf, cet espèce de petit coup. On se recule et on voit la station qui s’éloigne
doucement, les panneaux solaires qui s’éloignent. Et là, je m’aperçois il y a du mouvement. On a
toujours l’impression qu’on bouge pas, qu’on flotte, hein. On se rend pas compte à quelle
vitesse on se déplace. Et là, on fait nos manœuvres. Ça fait à peu près
une heure et demi. On s’éloigne de la station, on prend une distance
sécuritaire. On est plongé dans nos ordinateurs, dans nos
procédures et là éventuellement, on oriente la capsule correctement et là, on
allume les moteurs pendant à peu près quatre minutes, juste pour
ralentir. Il suffit de ralentir d’à peu près 1% de notre
vitesse. Déjà, c’est assez pour casser, si on veut, la
courbe de notre orbite et nous faire rapprocher de la terre. Et ça c’est,
c’est la première accélération qu’on ressent depuis plusieurs mois. C’était une
surprise. Oop! C’est comme freiner en voiture
soudainement. Okay. Et là, ça dure quatre minutes, comme ça un
peu écrasé sur notre siège. Je jouais avec mon, mon crayon sur ma tablette. Je le laissais flotter puis oop, il a retombé sur moi.
Oh-oh, qu’est-ce qui se passe. C’est nouveau ça. Et là, et finalement, bon, ça va,
on a ralenti. On est encore dans l’espace, il se passe plus
rien. À peu près un demi orbite plus tard, on
commence à sentir le frémis-, on entre dans l’atmosphère. Puis là, il y a du vent
un peu, ça brasse. Ça commence à brasser, tch, tch, tch, tch.
Et ça, quand ça part avec la vitesse, on va, et là les flammèches commencent à arriver
par les fenêtres, on se rend compte ça brûle. C’est là qu’on devient une étoile filante et là on se
rend compte wow, on va, on se déplace à peu près huit kilomètres par
seconde. C’est ça la vitesse orbitale. On rentre dans l’atmosphère et la ralentissement
nous écrase. On regarde les G sur notre petit compteur de G
là, .1, .2, .3. On est, je vous dirais, ooh là, je suis rendu lourd
là. C’est ça mon poids. Je regarde .4. Pas rendu encore bien gros. Ça
compte 1G, 2G, 3G, 4G, 5G, vraiment écrasé dans le siège. À un moment
donné, je pensais que j’avais besoin d’appuyer sur un bouton. Je pensais que ma main
était prise par une courroie. Non, non, c’est juste le poids de mon bras qui
était une nouvelle sensation à ré-apprivoiser. Et on sent même la, la luette dans le fond de la
gorge qui s’écrase. C’est une drôle de sensation. Ça ça dure donc
plusieurs minutes pendant qu’on est une boule feu puis on se fait brasser par le, juste le vent là,
la capsule qui traverse l’atmosphère, qui ralentit, ralentit, ralentit. Éventuellement, le feu
s’estompe et on a juste du vent. On va encore à plusieurs milliers de
kilomètres/heure, continue à ralentir. On est dans des parties plus épaisses de
l’atmosphère. Rendu à peu près à une dizaine de kilomètres
d’altitude, moment très violent, le parachute ouvre. Boom! Et là, c’est comme,
c’est comme à la Ronde actuellement. Ça c’est des, des sensations qu’on a pas
ressenties depuis longtemps là, se faire brasser d’un côté à l’autre. Et là entre
nous, nous on connaît le processus, c’est là qu’on, c’est là qu’on fait un high five, c’est
là qu’on se dit ah, c’est bon. On va probablement survivre la réentrée, le
parachute s’est ouvert. C’est la dernière chose qu’on espérait. Et là il
nous reste plus qu’à tomber, si on veut, à ce moment là, on se fait aller au gré
du vent, et on commence à parler avec les gens des hélicoptères de secours qui
nous disent qu’ils nous voient, quelle altitude on est à peu près. Éventuellement
là, nous sièges remontent. Il y a un espèce de système d’absorption des
vibrations et on s’approche du sol et c’est là, c’est l’impact final. Bang! Il y a un espèce de
rétro-réacteur qui absorbe le dernier, dernier impact. Mais c’est un drôle de moment, ça,
de ressentir cette accélération-là. Le poids de la gravité, doucement, sous ces
mouvements, et puis un impact et puis il y a plus rien qui bouge. Silence. Plus rien qui bouge.
On regarde par la fenêtre. Je voyais l’herbe, les steppes kazakhe qui brassaient au vent. Wow! On est revenu sur terre. Et pour ce qui est de votre état de santé, vos
exercices de réadaptation, comment ça va, bref, physiquement? Ça va très bien là de chaque, à chaque battement
de cœur, ça va mieux, si on veut. Je me sens, le gros problème pour moi, j’ai pas
vraiment de douleurs, il y a des gens qui ont des, beaucoup de douleurs. Moi c’était correct. Moi
c’est surtout de reprendre l’équilibre. Je me sentais incapable de me tenir debout.
Maintenant, ça va bien, j’ai même commencé, fait un premier essai à courir hier, mais je peux
marcher correctement. Je fais quand même attention pour pas, je veux
pas me mettre dans des situations dangereuses, fait que je préfère prendre un, un bain avec mes
enfants plutôt que de prendre une douche, des choses comme ça. Sinon, les nausées, c’est
finies, le, il y a un peu, un espèce de sentiment de, je me sens un peu la
tête légère, si on veut. Ça encore une fois, ça s’améliore à chaque jour.
Donc, le retour sur Terre se fait bien. Donc oui, la gravité est redevenue mon amie.
Oui. Bonjour, Alison Northcott de CBC. Bonjour. Vous
venez de décrire très merveilleusement ce sentiment en français. J’aimerais bien que
vous nous décriviez en anglais le sentiment que vous avez éprouvé lors de votre retour sur
Terre. Oui. Bien sûr. Je vais décrire le processus. Vous
savez, on vivait depuis plusieurs mois dans l’espace, là on ne perçoit pas beaucoup de
mouvements, sauf qu’on va très vite, des milliers de kilomètres à l’heure. On ne perçoit
pas cette vitesse. On voit juste la Terre défiler en dessous de nous. Donc, lorsqu’on entre dans le Soyouz, qu’on
s’attache dans nos sièges et qu’on se sépare de la station, ce premier petit coup qui survient au
moment du désamarrage, c’est le premier mouvement qu’on ressent. Et
puis, on voit la station s’éloigner. Ça a été ma maison pendant si longtemps, j’ai eu
le sentiment que, wow, nous sommes tous seuls maintenant dans cette
petite capsule. Espérons que ce processus fonctionnera bien. Puis, on se concentre pendant toute une orbite
sur les procédures techniques à accomplir pour réussir la désorbitation. Le principe, c’est
qu’on va super vite en orbite, assez vite pour que la courbe de notre chute
corresponde à la courbe de la Terre à cause de notre vitesse de déplacement vers l’avant. On
a juste à ralentir d’un ou deux pour cent de notre vitesse, et ça suffit pour
briser cette courbe et nous ramener dans l’atmosphère. Donc on règle
le moteur, puis on l’allume pour ralentir, et c’est une sensation d’accélération que je
n’avais pas ressentie depuis très longtemps, c’est un peu comme, imaginez, conduire sa
voiture en marche arrière puis freiner soudainement. C’est à quoi ça ressemble. On est
un peu écrasé dans son siège, et je me souviens d’avoir pris mon crayon de
tablette pour le laisser flotter, mais il ne flottait plus. Il est juste retombé sur moi.
Oh, mais qu’est-ce qui se passe, et le, donc, le (inaudible) a disparu pendant quatre minutes,
on ralentit, puis encore une fois, ça se calme pendant qu’on descend lentement
pour une autre orbite. Et puis, finalement, on entre dans l’atmosphère et
ça, on le sent. Le vaisseau se sépare en trois parties, boum,
trois explosions, puis on se retrouve seuls dans notre petite
capsule. Et puis on commence à sentir le vent, le frémissement du vent. Ça brasse, vous savez,
on est brassé par le vent, mais on va tellement vite. C’est là qu’on se rend
compte à quelle vitesse on se déplace, parce que ce vent souffle à huit kilomètres par
seconde, c’est ça notre vitesse. Alors ça brûle. On se transforme donc en étoile
filante, et on voit des flammèches et des flashs lumineux à travers les fenêtres
pendant plusieurs minutes. Pendant tout ce temps, on voit le facteur de
charge. C’est à ce moment-là qu’on commence à ressentir
la décélération. Encore une fois, imaginez-vous conduire une
voiture en marche arrière puis freiner. On est écrasé dans son siège comme ça. Et je
regarde le compteur de G, et il passe à 0,1, 0,2, ça c’est lourd, puis je me dis, ça devrait être tout
mon poids maintenant, mais c’était seulement 0,4. Mais c’était pas terminé : 1G, 2G, 3G, 4G, puis on
se sent vraiment, vraiment écrasé dans son siège, et on serre encore plus sa
ceinture de sécurité. Il y a toujours des flammèches et des flammes à
l’extérieur, on sent que la capsule se fait brasser vraiment fort. Elle traverse
l’atmosphère tout en essayant d’atteindre la zone d’atterrissage, pendant qu’on surveille tous les
systèmes, bien sûr. Puis, finalement, la boule de feu s’estompe. On se
déplace encore à des milliers de kilomètres à l’heure, alors on ressent encore les turbulences
du vent. Et puis, on ressent une très forte secousse
quand le parachute s’ouvre, et ça, c’est vraiment violent. C’est comme faire un tour
de manège dans un parc d’attractions : la capsule tournoie sur elle-même, elle fait des
pirouettes, vous savez, et nous, on est bousculé, et on rit. On rit aussi parce que pour nous, vous
savez, les détails techniques du processus, on sait que l’ouverture du parachute, c’est la
dernière chose qui était nécessaire pour qu’on survivre à ce vol spatial. Et c’est là
qu’on s’est fait un high five, quand le parachute s’est enfin ouvert. Et puis on
se laisse juste ballotter au gré du vent et on tombe, on tombe, on tombe, pour finalement
entrer en contact radio avec les services de recherche et sauvetage, avec leurs
hélicoptères. Ils disent, hé, on vous voit, vous êtes à peu près à cette hauteur du sol. Préparez-vous à l’atterrissage forcé, préparez-
vous à l’impact. Et puis boum! C’est puissant, c’est comme un accident de
voiture, un fort impact au sol. Puis, tout est calme, rien ne bouge, on était
revenu sur Terre, et c’était un moment magnifique. Oui, bonjour M. Saint-Jacques. Bonjour. Contente
de, de vous revoir sur Terre. Mayssa Ferah de La Presse. En fait, moi je me
demandais qu’est-ce qui a été, en rétrospective, le plus difficile quand vous étiez
dans l’espace? Est-ce que vous avez ressenti de la solitude à un
moment donné? Savez-vous, j’avais, j’avais peur de ça, mais en
fait, pas du tout, de la solitude ou de l’isolement. Non, parce que on est un groupe, on est comme
des frères et des sœurs d’arme, les astronautes dans la même mission. Ça fait
des années qu’on s’entraîne ensemble et donc, du point de vue humain, on est très serré, très,
très proche donc il y a pas de sentiment de solitude. Après ça, c’est assez facile d’être en
contact par téléphone avec des gens sur Terre, même par vidéo avec notre famille une fois par
semaine. Donc j’ai pas ressenti la solitude. On est au, non, c’était pas vraiment un problème. Ce qui était le plus difficile peut-être, c’était juste
l’ajustement, comment je peux dire, un ajustement au rôle de, au rôle d’astronaute,
hein? Au rôle d’être constamment en, en position de
responsabilité technique. C’était notre vaisseau spatial, on devait bien s’en
occuper et en même temps, il y a tous les autres rôles qu’on a dans la vie de
père, de fils, de papa, d’ami qu’on doit mettre un peu de côté. Donc ça,
pour quelqu’un qui aime bien faire tout ce qu’il fait, c’est toujours un peu difficile de, de laisser aller,
mais heureusement, on avait le village autour de nous, ma famille,
surtout mon épouse, qui, qui ont été tellement solidaires et forte là-
dedans que ça, tout ça c’est bien tenu. Bonjour. Marie Carpentier de Trio Orange.
Heureuse de te voir de retour. Tu as voyagé, tu as eu la chance de voyager
dans quelques régions hostiles sur Terre. En quoi ce retour est-il difficile
psychologiquement? Le retour sur terre, en fait, il y a truc qui est
étrange au retour, surtout après la mission spatiale, c’est que c’est
comme si la, les six mois que j’ai passé en orbite, c’était un rêve. J’ai de la misère à les intégrer
dans ma vie. C’est comme si, ma vie avant la mission puis ma
vie après, c’est un continuum et puis c’est comme si je réveillais d’un rêve. C’est
étrange. J’arrive pas à le mettre, à l’intégrer dans ma réalité. Je pense ça va me
prendre des, des mois, peut-être même des années avant de bien digérer
l’expérience et d’en tirer des, tirer des conclusions. Bonjour M. Saint-Jacques. Elizabeth Laplante de
TVA Nouvelles. Moi je voulais savoir, ce sont des missions
évidemment qui sont prévues au quart de tour. Est-ce qu’il y a eu durant votre mission un
moment qui était pour vous une surprise ou un imprévu, quelque chose que vous avez vu
ou ressenti, par exemple? Bien, il y a eu plusieurs fausses alertes. Heureusement, on n’a pas eu de véritables
alertes de tragédie à bord, de feu, ou tout ça, mais il y a plusieurs fausses alertes parce qu’il y
a des détecteurs de fumée qui partent pour rien ou des, des machines qui brisent, des problèmes
électriques. Donc ça, des, des imprévus techniques, il y en a
eu plusieurs avec des alarmes ou des situations d’urgence, on en a eus
plusieurs à bord. Heureusement, on est très bien entraîné comme
équipage à répondre à ça, donc, il y a pas eu de conséquences. Mais oui,
on a eu une bonne douzaine peut-être là, il faudrait compter, mais plusieurs événements
comme ça imprévus, des alertes qui sont finalement résolues sans
conséquence. Le reste du programme s’est passé comme on
l’aime, c’est-à-dire sans surprise. Juste une précision aussi. Vous avez parlé de
l’impact au moment de l’atterrissage. Vous avez fait une comparaison en anglais que
vous n’aviez pas fait en français sur à quoi vous comparez le bang, le moment d’atterrissage. Oui. J’ai, ça m’a fait penser un peu à l’impact peut-
être qu’on ressent dans une collision en voiture là, tu sais, vraiment un
arrêt brusque, un arrêt très, très brusque. Et c’est le moment où ça ça arrive et tout s’arrête
soudainement après. C’est ça qui était, qui est très frappant après,
toutes ces minutes là de, après ces heures de mouvement un peu
rocambolesque. Bonjour. Hugo Duchaine du Journal de Montréal.
Bonjour. Depuis votre retour sur Terre, est-ce qu’il y a des, dans vos activités
quotidiennes, des moments où la gravité vous manque? Ou, et d’autres moments où vous êtes content de
faire des choses avec la gravité? Bien écoutez, j’ai, j’ai eu la chance de revoir mes
enfants très, très vite, hein, avec ma famille. On a été réunis dès mon arrivée à Houston. Puis ça, donc de les voir, les voir marcher,
pouvoir les prendre dans mes bras, de pouvoir sentir leur, on ressent le poids des, le
poids des gens quand on les porte, hein. Ça ça été, c’était une grande joie. Après ça, bien
aller dans la piscine, c’était le fun, le sentiment de flotter encore, ça a
donné un petit peu, ça a donné, fait faire une pause à ma
réadaptation. Sinon, en général, on se, moi je trouve qu’on se
réadapte assez vite. Chaque jour, je me sens l’esprit plus clair puis le,
plus solide sur mes pattes. Mes enfants rient de moi un peu parce qu’ils
pensent que je suis comme un bébé un peu là, qui a besoin de prendre la main pour marcher, qui
a besoin de se faire aider pour tout, qui est un, qui est un petit peu distrait. Donc, mes
grands garçons me comparent à leur petite sœur. Diana Gonzalez de Radio-Canada. Vous avez
mentionné tout à l’heure que il reste beaucoup de travail à faire donc on comprend que la
mission n’est pas terminée même si vous êtes de retour sur Terre. Oui, effectivement. Alors là, pour, pour à peu près
deux, trois semaines, je suis, je suis le, moi-même le sujet de beaucoup d’expériences. Lorsqu’un astronaute revient de l’espace et que
j’ai encore les effets de la pesanteur, si on veut, présent en moi, c’est là que je suis
intéressant. Pour les scientifiques, c’est en ce moment que je
suis intéressant, alors je passe mes journées à être un cobaye. On fait des expériences, toutes
les expériences médicales que vous pouvez imaginer sur moi. Et puis éventuellement,
quand je vais être redevenu normal là, je vais être moins intéressant alors on va me
relâcher. Je serai plus le sujet des expériences. Et, et là on
va commencer plutôt à faire les analyses plutôt techniques de ce qui s’est passé. Analyser
en détail la sortie spatiale qu’on a faite, les opérations robotiques qu’on a faites, les
expériences scientifiques qu’on a faites, les systèmes de la station, la vie à bord. C’est un
prototype constamment en évolution, les opérations spatiales, donc, il y a comme une
boucle constante entre les équipages qui reviennent, les ingénieurs au sol pour
continuer à améliorer la, les technologies. Donc ça, c’est le programme des mois à suivre. Sabrina Rivet du 98.5. Qu’est-ce qui vous a
manqué pendant que vous étiez dans l’espace? Est-ce que vous avez hâte de revenir au Québec
pour manger une poutine, par exemple? Quelle activité vous allez faire à votre retour? J’ai, il y a plusieurs choses qui me, qui me
manquent. J’ai hâte – bien des choses qui me manquaient. Premièrement, bien il manquait le contact
physique avec ma famille, avec mon épouse puis mes enfants surtout, avec mes amis. Il me
manquait des choses, le grand air, le vent dans le visage. Ça, ça m’a vraiment plu en
arrivant. Dès l’atterrissage au Kazakhstan, le vent avec un espèce d’odeur là d’herbe, ça
c’était très agréable. J’ai hâte de m’asseoir au chalet avec, avec mes
enfants devant un feu de camp. J’ai hâte de voir ça. Puis juste, j’ai hâte de
marcher à Montréal le soir avec plein de gens. Ça ça me manque des endroits où il y a plein,
plein de monde, cet atmosphère-là un peu nocturne de fête, ça ça
me manque. Merci. Bonjour M. Saint-Jacques. Sean Costello, de
SpaceFlight Insider. Bon retour! Bonjour Sean. Au cours du dîner au Kazakhstan, vous avez
partagé un rêve, un objectif, celui de pouvoir passer une orbite complète sans
avoir de responsabilités ni de tâches à accomplir afin de pouvoir observer une
révolution complète de notre Terre. Pouvez-vous me dire si vous avez réussi à
réaliser cet objectif? Et si vous avez combiné ce temps-là à d’autres
moments où vous avez eu l’occasion de réfléchir à la Terre, quelles ont été vos
constatations? Quelles ont été vos observations? Oui, j’ai eu le choix, j’ai eu la chance de passer
plusieurs orbites comme ça, certaines au téléphone avec ma femme, par
exemple, j’allais simplement me coucher un peu plus tard et
passer la nuit, j’adore les passages de nuit, la moitié de l’orbite
où on éteint toutes les lumières du module, dans la coupole d’observation et qu’on reste là.
Après environ 10 minutes, les yeux s’habituent vraiment à la faible luminosité
et on peut voir la Terre et l’atmosphère même pendant la nuit, surtout si c’est un soir où la
lune brille. Et c’était très, très apaisant, si on veut. Et c’était, c’était, on pouvait sentir que
c’est une perspective vraiment unique. On peut sentir qu’on est une extension de l’esprit
humain là-bas. C’est, ça donne pas l’impression d’être petit. Au
contraire, ça fait sentir qu’on fait partie de quelque chose de gigantesque, c’est-à-dire le
pouvoir de l’esprit humain d’élargir notre monde, d’élargir notre perspective et c’est, c’est cette
ingéniosité, cette (inaudible), cette créativité qui nous permet d’accomplir des
exploits aussi impossibles que celui de vivre en orbite. Donc c’était un moment très puissant. Et
de réfléchir à la collaboration qui est derrière, de réfléchir au fait qu’il y a des technologies
provenant de partout dans le monde, des gens de, dans les centres de contrôle
partout dans le monde qui permettent que ça se réalise, et comment, malgré les problèmes
réels, les enjeux politiques qu’on peut pas négliger, c’est
formidable de faire partie d’un exemple qui montre que, quand on décide de travailler
ensemble, on peut y parvenir. Et quand on, quand ce miracle se produit, on fait
des choses incroyables. David, j’ai une question de la part de Sharon
Yonan-Renold, de City News à Montréal. Elle veut savoir ce que vous diriez à tous les
enfants qui nous regardent et qui rêvent de devenir astronautes? Je leur dirais que leur
rêve est leur possession la plus précieuse, leur trésor, mais que parfois, un rêve, c’est une
voix très, très faible, alors on doit l’écouter attentivement et respecter son rêve. Et de ne pas
avoir peur de leur rêve. Et de ne pas avoir peur de réaliser leur rêve.
C’est peut-être encore plus important. Un rêve c’est, c’est comme l’étoile Polaire. C’est
une destination, non, c’est pas une destination, c’est plutôt une direction. C’est ce qui nous aide à
décider quelle voie choisir aujourd’hui. Peut-être qu’on y arrivera, peut-être qu’on n’y
arrivera pas. Peut-être qu’on va prendre un autre chemin, que
les choses vont prendre une autre tournure à un moment donné. Ça n’a pas d’importance. L’important, c’est de
continuer à aller de l’avant, parce que si on décide pas par soi-même la voie qu’on veut
emprunter, alors la vie va décider pour nous. Quelqu’un d’autre le fera. Et ça c’est dommage. Alors écoutez votre rêve et n’ayez pas peur que,
juste parce que c’est possible que vous n’y arriviez pas, ça veut dire qu’il ne faudrait même
pas essayer. C’est faux. Ça n’a pas d’importance. Si chaque
décision que vous prenez était, est la bonne décision à ce moment-là, le résultat
final sera le bon résultat. J’avais ce rêve ridicule, quand j’étais enfant, de
vouloir tout comprendre. C’est impossible. Je ne vais jamais tout
comprendre. Mais je vais essayer. Je vais continuer à essayer,
chaque jour. Je vais continuer à essayer d’élargir ma bulle de
connaissances. Allison Northcott de CBC. Nous avons vu ces images de vous lorsque vous êtes sorti de la capsule spatiale et vous en avez parlé en disant que la gravité n’était pas votre amie. Je me demande comment vous vous sentez maintenant et comment votre corps s’adapte à votre retour sur Terre. Oui, ça a été pénible. Pour moi, ça a été pénible. Pour moi, ça a été pénible. Tout le monde est différent. Certaines personnes ont des maux et des douleurs. Moi c’était correct. Moi, c’était juste des problèmes d’équilibre et de nausée. Je me sentais complètement incapable de me lever et, vous savez, j’étais très, très provocateur. Alors c’était pénible. La première, les premières minutes après être sorti de là, j’ai pensé, oh, wow, j’espère que ça va pas durer longtemps parce que c’est pas drôle. Mais, vous savez, je me suis étendu et j’ai reçu de bons soins, alors après quelques minutes, j’étais déjà mieux. Puis, j’ai pu dormir à l’aide de médicaments. Maintenant, après – combien de temps ça fait, ça fait bientôt quatre jours que j’ai atterri – vous savez, je me sens pas normal, mais je peux marcher, j’ai commencé à courir, j’ai commencé, vous savez, le processus normal de réadaptation et de réappropriation de mon propre corps. La gravité est donc redevenue mon amie. Bonjour. Isabelle Laroux pour Radio-Canada. Donc, vous allez avoir une période de réhabilitation plutôt longue, de quelques mois pour récupérer la densité osseuse, la densité musculaire. Est-ce que vous allez avoir une alimentation, un régime particulier aussi pour favoriser, pour regagner toutes vos capacités physiques? Oui, alors c’est, mon régime alimentaire est très strict et c’est 100% de la nourriture préparée par moi et mon épouse. Ou mes enfants. Ils sont rendus très bons à faire des omelettes. Ah oui? Ah bien, excellent. Et puis, pour la réhabilitation physique, c’est sûr que vous allez être suivi par votre médecin, par aussi Mme Hirsch, mais je me demandais par la suite des choses, est-ce que c’est un suivi qui va être fait tout au long de votre vie? Est-ce qu’il y a certaines choses qu’on veut surveiller pour – est-ce qu’il y a des hypothèses qu’on cherche à tester aussi en même temps? Oui. Il y a un programme à long terme de surveillance de la santé des astronautes, juste, jusqu’à la, toute la, toute la, après, même après la, après qu’on prend la retraite, ça continue après pour des, surtout pour les choses suivantes: il y a, à cause de l’exposition aux radiations en orbite, il y a un risque de cancer, hein, pour utiliser le mot directement là qu’il faut surveiller. Et c’est un peu un mystère ça, c’est pas très bien compris ce risque-là d’exposition aux radiations. Après ça, bien la densité osseuse, comme vous l’avez mentionnée, la force musculaire, le, le symptôme, si on veut là, de perdre l’équilibre, donc neuro-vestibulaire. Ça ça revient normalement. Et on a, il y a des gens qui ont des problèmes de vision. Dans mon cas, pour le moment, ça semble bien aller mais on sait jamais. On va continuer à suivre ça. Donc, il y a beaucoup de symptômes, différents systèmes du corps humain qui sont affectés par la vie en orbite. Certains reviennent immédiatement, d’autres ça prend plus de temps, d’autres ne reviennent jamais à 100%. Et donc, il y a un suivi à très long terme qui est effectué pour mieux comprendre les risques qu’on prend avec les voyages spatiaux. Et ultimement, développer des mesures pour, si on veut minimiser ces risques-là et ça évidemment, ça a, comme toujours, des impacts, des effets pour tout le monde sur Terre parce que les problèmes que ressentent les astronautes, ce sont des problèmes que monsieur et madame tout le monde peuvent avoir sur terre. Encore Marie Carpentier de Trio Orange. David, qu’est-ce qui va te manquer le plus de ce moment de vie que tu as connu dans l’espace? Certainement la camaraderie à bord. Et puis aussi le, le, ce sentiment, c’est quand même rare des occasions comme ça d’avoir l’impression que de, qu’une grosse partie, peut-être pas tout ce qu’on fait, mais une grosse partie de ce qu’on fait a un impact, a de l’importance, et on a la chance, lorsqu’on est à bord de la station, de, d’effectuer des expériences, des opérations ou des réparations qui ont été, qui ont été réfléchies au quart de poil par des immenses équipes au sol, donc tout ce qu’on fait, bien, est efficace, tout ce qu’on fait est, est utile. Donc ça c’est un, il y a ce sentiment-là. C’est très gratifiant, donc ça c’est très gratifiant. Donc ça et la camaraderie, et puis la vue. La vue de la planète qui est vraiment époustouflante. Çà, à chaque fois, je me ferme les yeux encore puis je, j’imagine cette vue-là de la coupole puis ça me, ça m’émeut. M. Saint-Jacques, Sean Costello, de SpaceFlight Insider. L’une des expériences que vous avez réalisées portait sur une technologie canadienne, une technologie portable, et cela a trait à votre expérience comme médecin dans une collectivité éloignée. Pouvez-vous me dire comment ce produit que vous avez évalué, comment c’était de porter cette technologie? Était-elle efficace, d’après vos résultats préliminaires? Et après l’avoir portée, quelles répercussions plus larges pensez-vous qu’elle aura? Oui, alors, le biomoniteur, c’était, oui, c’était assez bénin. Je veux dire, c’est juste comme un t-shirt, un t-shirt bien ajusté qu’on porterait avec un bandeau et qui combiné prendrait des mesures constantes de la plupart de nos signes vitaux comme la tension artérielle, le pouls, la température, la fréquence respiratoire, des choses comme ça. Et tout ça était intégré dans une seule station à distance sans qu’aucun câblage ou quoi que ce soit d’autre soit nécessaire. Alors on pourrait envisager de le porter tout le temps. On pourrait envisager que des équipes se rendent sur Mars en le portant, qu’il fasse partie d’un système constant de surveillance de l’équipage. On pourrait également imaginer l’utiliser sur Terre avec les personnes qui vivent dans des collectivités éloignées, les personnes qui sont peut-être trop âgées pour aller voir leur médecin ou leurs infirmières, elles pourraient le porter à la maison, ou les personnes qui sont dans des hôpitaux et en iso-, vous savez, dans des unités de soins intensifs, c’est juste moins intensif, moins invasif à porter que tous ces tubes et câbles. Je pense donc que ça a beaucoup, beaucoup, que c’est une bonne orientation à suivre, moins invasive, plus bénigne. Ça va, ça va tous nous aider. Alors c’est tout le temps qu’on avait. Merci beaucoup David d’avoir pris du temps dans ton horaire. Natalie, Raffi, merci beaucoup aussi. Dernier mot avant qu’on, qu’on se quitte? Écoutez, ça a été une mission extraordinaire. J’ai été ému de l’intérêt que ça a suscité. C’était toujours une joie de recevoir à bord le plus de gens possible et puis j’espère qu’on va continuer à, à mesure que je continue à comprendre ce qui est arrivé, pour avoir la chance de continuer à le partager avec le plus de Canadiens et Canadiennes possible. Les médias anglophones aimeraient que tu le répète en anglais, s’il vous plaît? Oui. Oui, bien sûr. Je peux le dire en russe aussi. Non, ça a été un immense privilège, bien sûr, d’avoir cette occasion phénoménale, cette rare expérience à bord. Et chaque fois que j’ai eu l’occasion de faire une entrevue ou de partager quelque chose sur les médias sociaux, j’ai eu l’impression d’accueillir des gens à bord, et ça m’a fait chaud au cœur. Et juste d’avoir des invités là-haut, parce qu’on veut pas garder une telle expérience juste pour soi. Et je pense qu’à mesure que je continue à mieux comprendre, à tirer des conclusions plus larges de mon expérience, j’ai hâte de pouvoir partager encore davantage sa signification avec les Canadiens. Je pense que le Canada est dans l’espace pour de bon. Je pense que le Canada est, que c’est le genre de Canada que nous voulons, vous savez, tourné vers l’avenir, créatif, innovateur. Maintenant, on s’est engagé à demeurer dans ce club de pays qui continuent à repousser les limites de l’exploration. On va prendre part aux missions lunaires. En tant que père, je pense que c’est fantastique de penser que mes enfants auront l’occasion de prendre part à ce programme s’ils veulent, vous savez, y consacrer leur énergie. Je suis content de penser que le Canada fait partie de ce groupe de pays qui travaillent ensemble pour faire avancer l’exploration scientifique, et qu’on fait partie de l’avenir. Parfait. Merci beaucoup. À bientôt. Merci. Au revoir. Au revoir tout le monde.

3 Replies to “EN DIRECT – L’astronaute de l’ASC David Saint-Jacques répond aux questions des médias.”

  1. Merci. Chouette interview. Et en plus, David doit jongler sans cesse du français à l'anglais. Ce n'est pas habituel chez les astronautes d'avoir à faire des interviews bilingues.

  2. Pourquoi il y a deux « grimaçants » derrière? Ça rend l’interview encore plus ridicule.
    « Il reste du travail à faire » : bizarrement, on parle jamais précisément de quoi il s’agit, ça peut durer longtemps comme ça !

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